Les tomates, les poivrons et les aubergines appartiennent à la famille des aides végétales (lat. Solanacées). Avec les pommes de terre sont les cultures végétales les plus importantes de cette famille dans le monde. Ils proviennent des régions tropicales de l’Amérique du Sud (tomates, poivrons), c’est-à-dire de l’Asie (aubergine). Leur production nécessite certaines connaissances et compétences, et les fabricants sont souvent encouragés par certains processus technologiques importants dans la production, l’ignorance des maladies et des ravageurs, les mauvaises herbes les plus importantes et leur suppression. Dans la présente annexe, nous essaierons de décrire brièvement les plus significatifs.
Sélection du sol
Commençons par les critères de base qui séparent une récolte moyenne d’une récolte remarquable. La tomate, par exemple, s’accommode d’une grande diversité de sols, du très léger au plus compact. Elle accepte une salinité légère jusqu’à 2,0 dS/m et s’adapte à un pH compris entre 5,5 et 7,9, mais elle donne le meilleur d’elle-même sur un sol chaud, riche en humus, sableux-limoneux, bien structuré, perméable et légèrement acide. Pour le poivron, il faut viser un sol léger, chaud, riche en humus (plus de 3%), doté d’une bonne aération et d’une excellente capacité à retenir l’eau. Attention : il redoute la stagnation, alors misez sur le drainage. Les pH neutres à légèrement acides sont à privilégier, car il tolère mal les sols alcalins. Quant à l’aubergine, elle apprécie les sols profonds, riches en humus, bien structurés et de réaction neutre. Sur sols acides, un amendement calcique est recommandé avant plantation. Elle tolère une légère salinité et se développe idéalement à une humidité du sol d’environ 80% de la capacité au champ, avec une hygrométrie de l’air comprise entre 60 et 70%.
Sélection de la zone de production
Le choix du lieu de culture influence fortement la réussite. Pour la tomate fraîche, les régions littorales méditerranéennes sont plébiscitées, grâce à leurs faibles précipitations et la possibilité d’irrigation. Cela permet de démarrer la plantation tôt et de prolonger la récolte jusqu’à l’automne, en profitant au maximum du potentiel des variétés. Dans la région pannonienne, les cultures sont favorisées sur sols alluviaux près des rivières, principalement pour la production de tomates destinées à la transformation, avec une récolte concentrée en août-septembre. Cependant, la fréquence des pluies et l’humidité élevée y favorisent l’apparition de maladies, dont certaines résistent aux traitements, faute de variétés totalement immunisées. Les phases critiques surviennent à la germination, pendant la croissance et la maturation, lorsque des pluies persistantes peuvent ruiner des semaines de travail. Voilà pourquoi la culture sous abri s’impose pour la tomate destinée au marché frais. Pour le poivron, la période sans gel et les températures élevées conditionnent la réussite. En Croatie, la Dalmatie, l’Istrie, la Slavonie orientale et la Baranja se distinguent par un cumul de températures supérieures à 3 000°C pendant la période sans gel, ce qui favorise la culture. Un arrosage régulier est incontournable, l’irrigation remplaçant le manque éventuel de précipitations.
Rotation et précédents culturaux
Des rotations réfléchies sont incontournables pour limiter les risques sanitaires et épuisement du sol. La tomate se supporte assez bien d’une année sur l’autre, mais pour limiter la pression des maladies du sol et des ravageurs (flétrissements, nématodes), il vaut mieux laisser passer au moins deux ans avant de replanter sur la même parcelle. Il est déconseillé de la faire suivre d’autres solanacées. Le poivron, quant à lui, exige une pause de 4 à 5 ans sur une même surface, en évitant les précédents de la même famille et les cucurbitacées sensibles aux mêmes virus. Les meilleures cultures précédentes sont celles qui structurent le sol, comme les légumineuses ou les céréales, ainsi que certains légumes racines ou choux. L’aubergine, elle non plus, ne supporte pas la succession rapprochée de solanacées et réclame une pause d’au moins quatre ans. En revanche, elle offre un bon précédent pour d’autres légumes.
L’apport d’engrais organiques joue un rôle déterminant dans la vigueur des cultures. Il est conseillé d’incorporer 25 à 40 tonnes par hectare de fumier bien décomposé à l’automne. Sur sols acides (pH 5,6), un apport de 1 à 3 tonnes de chaux par hectare, enfoui à 30 cm de profondeur au moins deux mois avant plantation, optimise la structure et la disponibilité des éléments. Sur sols à pH extrêmes, surveillez les carences en oligo-éléments, à corriger par fertirrigation ou traitement foliaire. Sans attention sur ce point, des troubles non parasitaires apparaissent, tels que la pourriture apicale des fruits, liée au stress hydrique ou à un défaut d’absorption du calcium. Ce trouble, fréquent même sur des sols riches en calcium, découle d’un déséquilibre dans l’alimentation de la plante, aggravé par une forte transpiration ou une humidité excessive de l’air. Les fruits peuvent aussi présenter d’autres anomalies (anneau vert, cavité interne, déformation, coup de soleil, fissuration…) souvent causées par des facteurs environnementaux défavorables ou des carences nutritionnelles.
Culture de plein champ : climat et durée
Les cultures de tomates, poivrons et aubergines en extérieur sont soumises à la loi du climat. Impossible d’échapper à la période sans gel. Le cycle complet, jusqu’aux premiers fruits mûrs, s’étend sur 90 à 110 jours pour la tomate. Les températures au moment de la fructification déterminent le rendement final. Exposer des fruits verts à moins de 5°C pendant deux à trois jours suffit à bloquer leur maturation. Il faut donc surveiller de près les dates de gelées dans chaque région : à Zagreb, la période sans gel dure environ 134 jours (du 15 mai au 25 septembre), à Osijek 154 jours (5 mai au 5 octobre), et à Zadar jusqu’à 180 jours (1er mai au 30 octobre).
Culture des plants
La production de plants est désormais professionnalisée. Les plants de tomate, poivron ou aubergine sont élevés en godets ou en mottes pressées, ce qui facilite la transplantation sans traumatiser les racines. Ainsi, la reprise est rapide et la croissance s’accélère, avec à la clé une récolte plus précoce et des pertes réduites durant le transport. Les semis sont souvent repiqués dans des pots plus grands pour favoriser leur robustesse et avancer la floraison. Un plant de tomate prêt à transplanter doit présenter 6 à 8 feuilles et un début d’inflorescence, avec une tige de 5 à 7 mm pour 15 à 25 cm de hauteur. Pour le poivron, on vise 12 à 15 cm et 6 à 7 feuilles, tige de 2 à 3 mm. L’aubergine, plus lente, atteint 3 à 4 vraies feuilles au bout de 50 jours en petit pot, et 5 à 7 feuilles avec un début de floraison après 60 à 70 jours en pot plus grand. Avant l’achat, il est pertinent de vérifier si les plants ont été endurcis aux conditions extérieures (froid nocturne, exposition lumineuse) et sont sains.
Préparation du sol
La préparation du sol dépend du système racinaire de chaque culture. La tomate, à enracinement profond, bénéficiera d’un travail jusqu’à 40 cm pour explorer en profondeur les réserves d’eau. Pour le poivron, à enracinement plus superficiel, 30 cm suffisent. Avant le labour, on épand fumier et engrais minéral. Une partie de l’engrais minéral est apportée juste avant plantation. Si le sol n’a pas accueilli de culture récemment, un passage superficiel élimine les mauvaises herbes levées. Pour la culture en planche, le lit de plantation est formé avec une butteuse rotative, puis la bâche de paillage et les tuyaux d’irrigation goutte à goutte sont installés. Certains outils permettent d’installer simultanément irrigation et paillage lors de la plantation.
Plantation
La mise en place se fait après tout risque de gel. Pour chaque région, la date du dernier gel printanier est connue. Il vaut mieux patienter si les températures sont encore basses (moins de 15°C), car des températures trop fraîches ralentissent la reprise et jaunissent les feuilles. En zone continentale, la plantation se déroule de mi-mai à début juin, tandis qu’en Méditerranée, elle commence fin avril-début mai.
La culture sous abri (tunnels, serres) permet de prolonger la saison, en particulier dans les régions méditerranéennes qui offrent plus de lumière et un climat doux. Pour cultiver toute l’année, il faut un système de régulation climatique performant. Poivrons et aubergines, plus sensibles au froid, bénéficient au démarrage de tunnels bas qui réchauffent le sol. On installe les plants 10 à 15 jours plus tôt, ce qui avance la récolte. Pour que le sol atteigne la bonne température (plus de 18°C en zone racinaire), il convient de poser les tunnels trois semaines avant la plantation. Les semis d’aubergine suivent un rythme plus lent : 60 à 70 jours de culture pour obtenir des plants robustes. En zone protégée, les dates de plantation varient selon le microclimat local, avec une avance marquée en Méditerranée.
Soins culturaux
Les soins au fil de la saison s’articulent autour de quatre axes : alimentation, travail du sol, irrigation et lutte contre ravageurs. Sur sol nu, l’apport d’engrais complémentaires se fait par griffage ou via l’irrigation goutte à goutte. La fréquence du binage (toutes les deux à trois semaines) permet d’aérer la terre, limiter l’évaporation et maîtriser les adventices. Sous paillage, le binage n’est plus nécessaire.
Le pincement des pousses latérales (zaperons) se fait dès qu’elles atteignent 5 cm, à la main ou avec un outil selon leur taille. Il faut éviter l’outil sur plantes malades pour ne pas propager de virus. Pour les variétés tardives, on peut laisser un zaperon sous la première grappe de fleurs afin de stimuler la floraison. Sans pincement, la plante s’épuise dans la végétation au détriment des fruits. Sur variétés précoces, on supprime toutes les pousses latérales et on taille la tête après le quatrième ou cinquième bouquet, en laissant trois feuilles.
Tomates, Les variétés à port indéterminé exigent pincement et tuteurage tout au long de la saison. Après plantation, la croissance est vigoureuse, générant rapidement de nombreuses branches latérales. Les variétés déterminées n’ont pas besoin de pincement, leur tige principale s’arrêtant naturellement. Le paillage en PE noir est conseillé pour éviter les éclaboussures de terre sur les fruits et limiter les risques fongiques. Les tiges peuvent être maintenues par des clips en plastique, plus rapides à poser. On élimine progressivement les feuilles inférieures jaunies, qui n’apportent plus rien à la plante et peuvent devenir des foyers de maladies. En hydroponie, la suppression des feuilles va jusqu’au premier bouquet, puis se poursuit au fur et à mesure de l’avancée de la récolte. Il ne faut pas laisser plus de 20 à 22 feuilles par pied. Les coupes doivent être nettes, contre la tige, pour éviter la formation de tissus morts favorables à Botrytis cinerea, le champignon responsable de la pourriture grise.
Les branches de tomate sont fragiles : les pieds bien chargés se couchent facilement. Un tuteur solide est indispensable. Le poivron, plus ramifié, se conduit sur deux branches principales, chacune étant attachée à un fil aérien. À chaque étage, on ne garde qu’une branche par division, pour une structure en « V ». En l’absence de taille, le poivron forme une masse de feuilles, mais la racine ne suit pas et la fructification s’étiole vers le haut. La taille régule la croissance et la charge en fruits, en détachant régulièrement toute branche sous la première ramification, tout en éliminant feuilles jaunes et fruits déformés. Sur cycles longs, les branches principales peuvent être guidées jusqu’au fil porteur. L’aubergine, dans les zones à saison courte, doit être étêtée après 4 à 6 fruits pour favoriser leur développement. Après la récolte principale, un élagage sévère (plante réduite à 30-35 cm) favorise une repousse productive, surtout si la saison se prolonge. En zone protégée, on la conduit sur une ou deux branches majeures, les autres étant taillées pour maintenir l’équilibre végétatif et génératif. Pour une meilleure pollinisation, notamment sous abri où la circulation d’air est réduite, la vibration manuelle des fleurs ou l’introduction de bourdons est aujourd’hui courante.
Irrigation
Le système racinaire détermine la profondeur et la fréquence de l’arrosage. Sur sols meubles, la tomate peut descendre à plus d’un mètre, mais sur sol sableux, elle se limite à 60-80 cm. Après la plantation et durant la reprise, il est inutile d’arroser trop souvent. Selon la texture du sol et les conditions climatiques, on espace les apports de 5 à 10 jours, voire 2 à 5 jours en goutte à goutte. L’irrigation goutte à goutte, associée au paillage, s’impose de plus en plus pour économiser l’eau et cibler les besoins. Un tensiomètre permet de piloter précisément les apports, en maintenant l’humidité à 80% de la capacité au champ sous abri. Dans la région pannonienne, 250 à 400 mm d’eau supplémentaires en 5 à 8 apports sont nécessaires pour une bonne récolte. L’aubergine tolère une eau d’irrigation légèrement saline (jusqu’à 4,5 dS/m).
Avant de planter poivrons et aubergines, le sol doit être humide jusqu’à 15-20 cm de profondeur (80% de la capacité en eau du champ). Si les pluies sont absentes à ce moment, il faut irriguer par aspersion. Dès la plantation, la consommation d’eau reste modérée jusqu’à la floraison, puis augmente avec le développement de la surface foliaire. Les besoins quotidiens atteignent 3,5 à 6 l/m² à maturité. Un maintien de l’humidité entre 50 et 70% de la capacité au champ booste le rendement. L’arrosage doit humidifier jusqu’à 30 cm de profondeur, là où se concentrent les racines du poivron et de l’aubergine. Attention à la température de l’eau : si elle est trop froide (12-14°C), elle ralentit leur croissance, surtout si le sol reste sous 20°C. L’aspersion en pleine floraison doit être évitée pour ne pas favoriser les maladies.
Maladies et troubles physiologiques
Une plante est dite malade dès que ses fonctions vitales sont perturbées par des facteurs environnementaux ou biologiques, se traduisant par des altérations morphologiques, physiologiques ou biochimiques qui réduisent sa vigueur et nuisent à son intérêt agronomique.
Ravageurs courants
Du champ à la serre, tomates, poivrons et aubergines subissent la pression d’une faune variée. Les attaques se manifestent aussi bien sur les parties aériennes que souterraines. Certains ravageurs sont généralistes, d’autres ciblent une espèce en particulier, mais les symptômes varient selon la plante touchée. Outre les dégâts directs, la transmission de virus ou le développement de maladies secondaires par le biais de blessures aggravent l’impact. Les cultures sous abri sont particulièrement vulnérables, car les conditions idéales pour la plante font aussi le bonheur des nuisibles, qui s’y multiplient à vive allure. Protéger ces cultures exige donc une solide expertise, pour combiner méthodes chimiques, biologiques et mesures intégrées, avec réactivité et précision.
Mauvaises herbes
Dans les jardins comme sur les grandes surfaces, la maîtrise des adventices s’impose. Sur petites parcelles, le désherbage manuel ou l’utilisation de houes rotatives est efficace, améliorant aussi le régime hydrique et thermique du sol. En culture mécanisée, les adventices entre les rangs sont détruites mécaniquement, mais un passage manuel ou l’usage d’herbicides reste indispensable dans le rang. Le paillage limite la levée des mauvaises herbes, particulièrement sous abri. La stérilisation du sol, par vapeur, solarisation ou l’emploi de produits chimiques (ex : dazomet), freine aussi la prolifération. Parmi les adventices les plus compétitives, on retrouve amarante, chénopode, morelle noire (de la même famille que la tomate et donc peu sensible aux herbicides), ambroisie, polygonum, pourpier, galinsoga, datura, panic pied-de-coq et sétaires. La morelle noire, en particulier, mérite une vigilance accrue, car sa proximité génétique avec la tomate la rend coriace aux solutions classiques.
Au final, la réussite d’un carré de tomates, de poivrons ou d’aubergines ne relève pas du hasard. Elle est le fruit d’une série de décisions précises, d’observations patientes et d’ajustements constants. Le moindre détail compte, du choix du sol à la rotation, de la gestion de l’eau à la taille. À peine le dernier fruit récolté, déjà, le terrain se prépare pour la saison suivante. La terre, elle, n’oublie rien, et récompense ceux qui savent la lire avec justesse.

