Changement de nom
En Croatie, la démarche pour changer de nom s’appuie sur la loi sur le nom de la personne (Journal officiel 118/2012). Les règles officielles sont accessibles sur les pages du ministère de l’Administration. Ici, la loi met les choses au clair : chaque citoyen a le droit de modifier son nom, quasiment sans exception. Peu importe que le prénom choisi soit jugé « masculin », « féminin » ou « neutre », l’administration n’a pas à s’y opposer en fonction du sexe indiqué sur vos papiers. Si, en mairie ou au bureau d’état civil, on refuse votre dossier sous prétexte que le prénom ne collerait pas au sexe enregistré, sachez que cette attitude va à l’encontre de la loi. Plusieurs personnes ont déjà été confrontées à de tels blocages, surtout dans de petites villes, mais ont finalement obtenu gain de cause après réclamation. En cas de difficulté, il est possible de solliciter Trans Aid ou d’alerter directement le ministère de l’Administration, voire de saisir le Médiateur pour l’égalité des sexes.
Quelques astuces concrètes pour entamer un changement de nom :
- Pendant toute la procédure, gardez toujours sur vous votre carte d’identité et votre numéro OIB.
- La démarche coûte 65 kunas : 30 pour le certificat de non-condamnation, 35 pour la demande de changement. D’autres frais peuvent s’ajouter pour refaire les papiers (carte d’identité, permis, cartes bancaires…). Selon la situation du foyer, il existe parfois des exonérations de la taxe de 35 kunas ; demandez au guichet si vous y avez droit.
- Changer de nom n’est pas la même chose que modifier la mention du sexe sur vos documents. Vous pouvez donc vous retrouver avec un prénom « masculin » et un marqueur « féminin », ou inversement, tant que la mention du sexe n’est pas modifiée, le numéro d’enregistrement (JMBG) reste inchangé.
- Après le changement, le nouvel extrait d’acte de naissance ne fait plus apparaître l’ancien nom, ce qui protège contre d’éventuelles discriminations ou situations gênantes : vous gardez la maîtrise sur la diffusion de cette information. Mais tant que la reconnaissance juridique du genre reste un parcours semé d’embûches, le risque de discrimination ne disparaît pas totalement.
Voici comment se déroule la procédure en pratique :
- Rendez-vous au tribunal compétent (tribunal municipal ou tribunal pénal de Zagreb) pour demander un certificat de non-condamnation : il atteste qu’aucune poursuite pénale n’est en cours contre vous pour changer de nom. Prévoyez un timbre fiscal de 30 kunas, souvent disponible en kiosque. Le document est généralement délivré le jour même ou le lendemain ; plus de détails sont donnés ici.
- Allez ensuite au bureau d’administration générale (le bureau d’état civil) correspondant à votre domicile. Si vous êtes ailleurs, un autre bureau peut prendre le relais en contactant celui de votre résidence.
- Remplissez le formulaire de demande de changement de nom. Vous pouvez indiquer une raison pour ce changement, mais ce n’est plus obligatoire depuis 2012, la référence à une « motivation justifiée » a disparu. Joignez le certificat de non-condamnation : aucun autre justificatif n’est exigé, ni médical ni administratif. Si l’on tente de vous convaincre du contraire, signalez-le aux contacts mentionnés plus haut.
- Après le dépôt, il faut patienter quelques semaines : la décision vous sera envoyée à l’adresse donnée. En cas de besoin, demandez qu’elle soit adressée ailleurs.
- Une fois la décision obtenue, actualisez tous vos documents (extrait de naissance, carte d’identité, permis, sécurité sociale, banque, impôts, école, employeur…). Certaines banques facturent la refonte des cartes.
Pour les personnes mineures, la règle est stricte : impossible de changer de nom sans l’accord parental tant que l’on n’est pas majeur. La demande doit être signée par les deux parents. Si les parents sont mariés, seul celui chez qui vit l’enfant signe, l’autre doit donner son consentement. Si l’un refuse, le Centre de protection sociale tranche selon l’intérêt de l’enfant. Si le second parent est introuvable ou n’a pas d’autorité parentale, un seul parent peut faire la démarche. Enfin, pour les enfants de plus de 10 ans, leur consentement est obligatoire.
Il existe quelques limites légales :
- On ne peut choisir un nom qui porterait atteinte aux droits d’autrui, à l’ordre public ou à la moralité (la loi reste floue sur l’évaluation, mais les insultes ou menaces, par exemple, seraient refusées).
- Le nouveau nom doit correspondre à la définition légale : un nom personnel, composé d’un prénom et d’un nom de famille, chacun pouvant avoir plusieurs éléments (un simple mot ou dessin ne suffit pas).
- Si une procédure pénale est en cours pour des faits commis dans le cadre d’une fonction officielle, la demande est bloquée.
Aucune de ces restrictions ne concerne le choix d’un nom à connotation masculine ou féminine, ni les changements de genre : seule une poursuite pénale en cours empêche effectivement le changement de nom.
Reconnaissance juridique du genre et modification du numéro d’enregistrement
Obtenir la reconnaissance officielle d’un changement de genre en Croatie relève encore du parcours du combattant. La procédure existe sur le papier, mais la réalité s’avère bien plus complexe. Ci-dessous, les étapes officielles, à compléter par les témoignages et retours d’expérience, qu’ils soient positifs ou non, sont précieux pour alimenter le débat public.
Juridiquement, la reconnaissance du genre suit la loi sur l’état civil (modifiée par le Journal national 76/2013) et l’ordonnance encadrant la collecte de dossiers médicaux pour l’établissement des conditions de changement de sexe ou de vie dans une autre identité de genre (Journal officiel 132/2014). Il est clairement affirmé qu’aucune procédure médicale, ni chirurgie, ni stérilisation, ni traitement hormonal, ne doit être imposée pour faire reconnaître un changement de sexe ou adopter une nouvelle identité de genre : le respect de la vie privée et familiale prime. Par ailleurs, comme pour le changement de nom, le nouvel acte de naissance ne fait pas apparaître l’ancienne mention, ce qui garantit la confidentialité et limite les risques de discrimination ou de violence. Cependant, les documents anciens (diplômes, certificats) restent une zone grise : la législation croate ne prévoit rien de précis, même si certaines universités délivrent des diplômes rectifiés, dans l’esprit de la loi sur l’état civil et la protection de la vie privée.
Le schéma de la procédure est illustré ci-dessous. Pour chaque étape, les détails pratiques sont essentiels :
- Obtenir un avis favorable pour un changement de genre ou de vie dans une identité de genre différente auprès d’un psychologue référencé (Journal officiel 59/2015). Cela implique des tests psychologiques et plusieurs entretiens, sur trois à quatre rendez-vous.
- Obtenir ensuite l’avis d’un psychiatre agréé, après avoir déjà recueilli celui du psychologue. Comptez une à deux séances.
- En cas de demande de changement de genre (et non simplement d’identité de genre), l’avis d’un endocrinologue référencé s’ajoute. En principe, il n’est pas nécessaire d’avoir suivi un traitement hormonal, même si dans les faits, certains praticiens le suggèrent. Le règlement précise pourtant que ce n’est pas une condition obligatoire.
- Se présenter au centre d’aide sociale de son secteur afin d’obtenir un rapport sur la situation personnelle et familiale. Des directives officielles sont disponibles sur le site du Ministère de la politique sociale et de la jeunesse.
- Remplir le formulaire officiel de demande d’avis auprès du Conseil national de la santé, tel que prévu en annexe du règlement.
- Transmettre tous ces documents (originaux et copies, lettres de psychologue, psychiatre, endocrinologue le cas échéant) par courrier recommandé au Conseil national de la santé, Ministère de la Santé, Xaver 200a, 10000 Zagreb.
- Patienter pour la réponse du Conseil national de la santé, qui doit statuer dans les 30 jours suivant la réception du dossier.
- Une fois l’avis obtenu, se rendre au bureau d’administration générale compétent, ou à défaut, à tout autre bureau qui contactera celui du domicile pour traiter la demande.
- Formuler une demande d’inscription du changement de sexe à l’état civil et y joindre l’avis du Conseil.
- Après l’attente réglementaire, la décision vous est envoyée à domicile. Si besoin, il est possible de demander une autre adresse d’envoi.
- Avec cette décision, il vous faudra actualiser tous vos papiers : nouvel acte de naissance, carte d’identité, permis, sécurité sociale, banque, impôts, école, employeur…
Ce guide s’appuie sur les ressources de Trans Network Alkan.
Changer de nom ou faire reconnaître juridiquement son genre ne se résume jamais à une question de cases à cocher : c’est parfois la clé d’une vie plus sereine. Entre démarches administratives et réalité sociale, le chemin reste parfois escarpé, mais chaque avancée ouvre la voie à un quotidien plus libre, où l’identité ne se négocie plus au guichet.

